La bande originale de "Pulp Fiction" n’est pas un simple accompagnement musical. C’est un personnage à part entière, une voix off invisible qui traverse le film, le structure, le commente. Sortie en 1994, elle reflète l’univers de Quentin Tarantino : éclectique, rétro, stylée, imprévisible. Elle ne cherche pas à coller aux scènes, elle les transcende. Elle ne souligne pas l’action, elle la détourne. Elle ne suit pas le rythme du film, elle le crée. Dès les premières secondes, "Misirlou" de Dick Dale explose comme un coup de feu. Ce surf rock frénétique, sorti en 1962, devient l’emblème du film, son cri de guerre. Puis viennent "Jungle Boogie" de Kool & The Gang, "Son of a Preacher Man" de Dusty Springfield, "You Never Can Tell" de Chuck Berry… Chaque morceau est un choix audacieux, souvent inattendu, toujours juste. Tarantino ne choisit pas la musique pour son époque, mais pour son énergie, son ironie, sa mémoire. L’album intègre aussi des extraits de dialogues, comme "Royale With Cheese", "Zed’s Dead, Baby", "Ezekiel 25:17". Ces passages, devenus cultes, renforcent l’immersion. Écouter la BO, c’est revivre le film autrement. C’est entendre les personnages sans les voir, ressentir les scènes sans les subir. C’est une expérience parallèle, presque hallucinée. La sélection musicale est un hommage à la culture populaire américaine, mais aussi une critique. Elle mêle soul, rock’n’roll, surf music, country, funk, avec une liberté totale. Tarantino ne cherche pas à faire moderne. Il cherche à faire sens. Et dans ce patchwork sonore, chaque morceau devient une pièce du puzzle narratif.