A Night At The Opera n’est pas seulement un album culte : c’est une œuvre charnière qui redéfinit les ambitions du rock au milieu des années 70. Quatrième disque de Queen, il marque un tournant artistique et technique, où le groupe repousse les limites du studio pour créer un univers sonore foisonnant, théâtral, et profondément singulier.
Dès l’ouverture avec Death on Two Legs, attaque frontale contre un ancien manager, le ton est donné : mordant, ironique, sans concession. L’album alterne entre fulgurances glam (Sweet Lady), ballades victoriennes (Love of My Life), pastiches music-hall (Lazing on a Sunday Afternoon), envolées prog (The Prophet’s Song) et hymnes pop (You’re My Best Friend). Chaque membre du groupe y compose, révélant une diversité de styles et une cohésion rare.
Au cœur de l’album trône Bohemian Rhapsody, monument de six minutes sans refrain, mêlant ballade, opéra et hard rock. Enregistrée avec des dizaines de couches vocales et instrumentales, cette pièce devient un phénomène mondial, propulsant Queen dans une autre dimension. Elle incarne l’audace du groupe : refuser les formats, embrasser le kitsch, transcender les genres.
L’album tire son nom d’un film des Marx Brothers, clin d’œil à l’humour absurde et au goût du spectacle. Mais derrière la flamboyance, A Night At The Opera est aussi un disque de tensions : entre ambitions artistiques et pressions commerciales, entre classicisme et modernité. Il coûte une fortune à produire, mais son succès critique et public justifie tous les excès.
Techniquement, c’est une prouesse : enregistré dans plusieurs studios, mixé avec minutie, il exploite les possibilités du multi-piste comme peu d’albums avant lui. Brian May y déploie ses orchestrations de guitare, Freddie Mercury ses envolées vocales, Roger Taylor et John Deacon leur sens du groove et de la mélodie.