Kery James revient avec R.A.P., un album dense, grave, sans compromis. Dès les premières mesures, on retrouve cette voix qui ne tremble pas, ce flow qui tranche, cette plume qui ne cherche ni l’effet ni la facilité. Il rappe comme on plaide, comme on prie, comme on crie. Chaque morceau est une pièce d’un procès contre l’injustice, contre l’oubli, contre la résignation.
Il n’a rien perdu de sa rage, mais elle est plus froide, plus maîtrisée. Les textes sont ciselés, les références précises, les punchlines tombent comme des verdicts. Il parle de la République, de la banlieue, de la famille, de la foi, de l’école, de l’amour aussi, mais toujours avec cette gravité qui le distingue. Pas de posture, pas de masque : Kery James est entier, sincère, parfois dur, toujours juste.
La production est sobre, presque austère, pour mieux laisser respirer les mots. Pas de fioritures, pas de beats tape-à-l’œil. Juste l’essentiel : une voix, une idée, une urgence. Il ne cherche pas à plaire, il cherche à réveiller. Et dans un rap souvent obsédé par l’image, il rappelle que le fond peut encore primer sur la forme.
R.A.P. n’est pas un album à écouter distraitement. C’est un disque qui s’impose, qui dérange, qui questionne. Une œuvre nécessaire, dans un monde qui a trop souvent oublié d’écouter ceux qui parlent bas mais pensent fort. Kery James, lui, n’a jamais cessé de penser. Et il rappe encore. Pour ceux qui n’ont pas de voix. Pour ceux qui n’ont pas le choix.