M.I.L.S. 4 n’est pas un retour, c’est une consolidation. Avec ce quatrième volet de sa série fondatrice, Ninho ne cherche ni la rupture ni l’escalade spectaculaire. Il affine. Il resserre. Il confirme une position déjà solidement acquise : celle d’un rappeur qui maîtrise son langage comme son tempo, et qui n’a plus rien à prouver.
Depuis Comme prévu, la série M.I.L.S. fonctionne comme un laboratoire permanent. Ici encore, Ninho alterne froideur analytique et mélodies contrôlées, sans jamais tomber dans la démonstration gratuite. Les productions sont denses mais lisibles, modernes sans effet de mode, pensées pour laisser respirer une voix qui reste l’un de ses atouts majeurs : posée, précise, presque désabusée.
Là où M.I.L.S. 4 frappe, c’est dans sa gestion de la maturité. Le disque parle d’argent, de loyauté, de solitude au sommet, mais sans mythologie excessive. Ninho ne surjoue plus la réussite, il en expose les angles morts. Le succès n’est pas une destination, c’est un état instable, parfois inconfortable. Les textes avancent par constats, par formules nettes, rarement par slogans.
Musicalement, l’album évite la dispersion. Peu d’effets, peu de gimmicks, mais une cohérence globale qui rappelle pourquoi Ninho excelle dans ce format long, souvent malmené dans le rap actuel. Les collaborations, quand elles apparaissent, sont intégrées sans rupture de ton, comme des variations internes plutôt que des arguments commerciaux.
M.I.L.S. 4 n’est pas un disque manifeste. C’est un disque de continuité, presque de rigueur. Un album qui s’écoute dans la durée, qui s’impose moins par ses tubes que par son équilibre. Ninho y confirme ce qu’il est devenu depuis plusieurs années : un rappeur central, mais jamais figé, capable d’évoluer sans renier son ADN. Une forme de classicisme contemporain, discret mais redoutablement efficace.